L'objectif : Et si le tourisme contribuait à la régénération écologique, sociale et humaine des territoires ?
C’est le pari formulé par le centre Lumia, à l’initiative du programme de recherche-action Destination Regen qui a embarqué quatre acteurs de l'hébergement touristique en France, accompagnés d'organismes de tourisme partenaires et de collectivités.
L’objectif : développer des modèles économiques régénératifs. Là où le tourisme durable cherche à compenser les effets négatifs, le tourisme régénératif ambitionne un impact positif sur la destination dans son ensemble, incluant environnement, habitants et économie locale. Pour chacun des territoires engagés, le programme a combiné recherches scientifiques et applications concrètes sur le terrain. Le résultat de l’étude nationale a été publié mi-juin 2026, après un an de travaux. Deux hôteliers témoignent des actions mises en place et de celles à venir.
1er axe : Une nouvelle relation au vivant, avec la nature comme alliée
> « Nous collaborons avec l’école locale Reinach Formations, qui forme des étudiants à l’aménagement paysager. Ils ont réalisé un projet concret de reforestation de notre parc de 10 hectares : 150 arbres et arbustes ont été plantés en janvier, notamment des espèces qui s’adapteront au changement climatique, comme des mimosas. En 2027, nous agrandirons le potager, et une seconde école travaillera à l’étiquetage des arbres afin que les visiteurs du parc en sachent plus sur les espèces » explique Florian Hugonet-Leroux, directeur général du Domaine de Marlioz à Aix-les-Bains, en Savoie. Le site abrite deux hôtels 4 étoiles (Mercure et Ibis Styles), des thermes, un spa et deux restaurants. Les toitures du spa et d’une partie de l’hôtel Mercure ont été végétalisées.
> Olivia Gautier, propriétaire de l’hôtel-restaurant Les Orangeries à Lussac-les-Châteaux dans la Vienne, estime que ce programme l’a rendu plus attentive aux solutions apportées par le vivant. « L’approche régénérative nous conduit à nous demander comment mieux vivre la chaleur en faisant alliance avec les éléments naturels. Plantes et arbres ont un pouvoir de rafraîchissement. Nous avons adopté une nouvelle approche de taille des arbres pour maximiser l’ombre dans le jardin, sur la terrasse et au niveau de la piscine, et végétalisé la façade sud avec des plantes annuelles grimpantes » détaille-t-elle. Les nuits estivales, les fenêtres sont ouvertes pour profiter de la fraîcheur qui ventile naturellement l’hôtel.
2e axe : Economiser l’eau, mais aussi la récupérer et la réintégrer dans un cycle
> Dans la station thermale d’Aix-les-Bains comme ailleurs, l’eau est une ressource précieuse. Le Domaine de Marlioz a déployé des solutions pour mieux gérer cette ressource, en installant « plusieurs sous-compteurs (piscines, restaurants, chambres…) pour analyser finement la consommation d’eau et traquer les fuites. Nous avons équipé les lavabos et douches de réducteurs de débit (passant de 8L à 5L) et réglé les toilettes afin de réduire la consommation d’un litre d’eau par chasse d’eau, sans impacter l’expérience client. Dans les cuisines, nous avons changé les plonges qui étaient en circuit ouvert : désormais, 10 à 15% de l’eau est renouvelée, au lieu de 100%. Et nous ne vidangeons plus l’intégralité de notre piscine chaque année » précise Florian Hugonet-Leroux. Par ailleurs, le Domaine, qui abrite des thermes dans un bâtiment historique, a programmé des visites culturelles sur le thermalisme afin de mettre en avant l’importance de l’eau.
> Aux Orangeries, « nous récupérons depuis longtemps les eaux pluviales. Pendant l’été, nous disposons d’une énorme ressource en eaux grises générées par l’activité de l’hôtel : nous projetons d’installer une cuve pour les récupérer » indique Olivia Gautier. L’hôtel réfléchit à un projet d’extension qui devra impérativement intégrer des solutions de recyclage et de récupération de l’eau.
3e axe : L’alimentation comme lien entre tourisme, agriculture, santé et vivant
« Le programme Regen a mis en lumière que notre restaurant, mis de coté après le Covid, reste un point d’attractivité - surtout si l’on veut devenir une destination, notamment en hiver. Nous voulons faire de l’alimentation une expérience de reconnexion au vivant et à notre territoire très agricole. Nous montons le projet de week-ends « Le goût du vivant », qui pourraient réunir cuisine végétale, lactofermentation, cueillette, découverte de la biodiversité, rencontres de producteurs, visites de fermes, repas racontant le territoire... » s’enthousiasme Olivia Gautier des Orangeries. En cet été brûlant, l’hôtel a proposé une cuisine servie à température ambiante, avec des mets savoureux conçus pour les fortes chaleurs. Pour les clients, c’est une expérience gastronomique plus végétale, mieux adaptée aux besoins physiologiques en période de canicule, et à l’impact carbone réduit. Pour les équipes, c’est un gain de confort en cuisine.
4e axe : Coopérer avec les acteurs du territoire pour créer de la valeur
> Quand plusieurs acteurs comprennent qu’ils dépendent des mêmes ressources (biodiversité, eau, etc.), les coopérations deviennent plus évidentes. L’hôtel Les Orangeries multiplie les collaborations : participation à des réseaux locaux autour du réemploi ou pour agir sur l’alimentation des jeunes locaux, accueil des évènements « hors les murs » de la Maison des Jeunes et de la Culture, collaboration avec des sites culturels… L’hôtel travaille en outre sur des circuits à vélo en marguerite - retour le soir sur le même lieu d'hébergement et à pied avec pour relais le TER, dans l’idée de proposer une expérience d’aventure « slow ».
> Quant au Domaine de Marlioz, qui valorise également les mobilités douces, il a signé des partenariats avec différentes associations pour que ses collaborateurs consacrent chacun une demi-journée par an, sur leur temps de travail, à une action solidaire. Les salariés (y compris les saisonniers) sont formés à ce qu’est le tourisme régénératif. Le Domaine réfléchit par ailleurs à des expériences immersives pour tous (clients, professionnels, collaborateurs) auprès des acteurs du territoire qui agissent pour l’eau, et à des séminaires structurés autour des enjeux hydriques.
Publié par Laetitia BONNET-MUNDSCHAU
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